Idjwi, l’île oubliée…

Qui aujourd’hui pour entendre le cri d'Idjwi?

Idjwi, 310km² de paix au cœur du lac Kivu, à deux heures de bateau de Bukavu où de rares touristes avertis viennent gouter à la quiétude des lieux lointains, bien loin de l’agitation du continent.  L’horizon, découpé par les collines et montagnes, laisse entr’apercevoir le lac en pointillé.

Et, si la paix règne partout sur ce carré de terre émergé des eaux, elle est la conséquence de l’enclavement et de la souffrance de ce peuple oublié de tous. Déclarée “hors zone d’intervention”, les humanitaires – si présents à l’Est du Congo- lui tournent le dos pour concentrer leur action sur le continent.

Mais qui pour entendre le cri d’Idjwi ?

Ce sont surtout les femmes qui payent un lourd tribu...

Deux peuples vivent sur l’île. Les Bantoues élèvent et cultivent (quinquinoa et les célèbres ananas) tandis que les Pygmées, minorité sévèrement réprimée, vivent de la cueillette et de la chasse peuplant une forêt largement décimée suite aux vagues successives de réfugiés rwandais forçant ces derniers à s’établir dans une vie et des coutumes qui ne sont pas les leurs. Ces bouleversements provoquent méfiance mutuelle et vengeance, parfois, sur l’île.

De part et d’autre il y a des des actes de violence. Ici pas d’homme en uniforme mais un fléau caché, moins spectaculaire sans doute… Le sang des femmes Pygmées par suite d'un viol est considéré être un remède contre diverses maladies. Les femmes bantoues sont victimes d'abus à cause de la cohabitation difficile et de l’incompréhension mutuelle. Des femmes Bantoues, des Pygmées... Des femmes qui souffrent en silence… abandonnées. La loi coutumière se montre souvent trop laxiste envers certains agresseurs.

"Je suis pygmée", raconte Faïda Joceline, une victime de violence. "J’ai six enfants et un mari. Nous vivons tous ensemble dans une cabane. Nous ne savions pas que nous avions de la valeur. L’idée que Mamas for Africa pouvait songer à nous, nous a vraiment surpris. Nous avons été informés par l’intermédiaire d'un employé de Mamas for Africa de ce qu'elle veut aider les femmes en souffrance. Je souffrais et avait perdu tout espoir d’être soignée un jour."

Nouvelle antenne de Mamas for Africa

Mamas for Africa a entendu le cri de détresse des femmes à Idjwi. Ainsi elle a ouvert récemment une nouvelle "Centre d'Ecoute" - ou post de secours - dans le nord de l'île. Ici les femmes les plus vulnérables de la région peuvent s'adresser pour de l'aide. Des femmes violées dont on a fait abus y sont accueillies. Mamas for Africa finance leurs soins médicaux dans les centres de santé locaux.

"Mamas for Africa nous a montré que nous sommes comme les autres femmes et que nous pouvons accéder aux mêmes avantage", continue Faïda. "Avec mon bon de soin, je suis allée au centre de santé de Mugote, toute fière comme une princesse. Sachant qui payera pour moi, personne ne m’a demandé quoi que ce soit. On m’a vite soignée et avec les mêmes égards que les autres femmes. Je me sens bien. Je suis heureuse."

Le mois d'août passé, avec le soutien de Mamas for Africa à l'île d'Idjwi déjà plus de 50 femmes ont été traitées sur place. Plus de 10 femmes qui ne pouvaient pas être aidées localement, ont fait la traversée vers Bukavu vers la Maison de la Femme de Mamas for Africa à Bukavu et ensuite vers l'hôpital de Panzi pour soins médicaux plus poussées.

"Les temps changent. J’espère que le mépris dont ma communauté souffre tournera en respect et que tout ce dont nous avons été privé nous reviendra avec honneur et dignité. Que Dieu se souvienne toujours de Mamas for Africa autant que Mamas a pensé à nous. Agishwe!" (Témoignage de Faida Joceline le 3/8/2013)