De plus en plus de jeunes enfants accueillies à la Maison de la Femme de Mamas for Africa

Les 2 derniers mois 5 petites victimes de violence sexuelle ont été accueillies à la Maison de la Femme de Mamas for Africa à Uvira. De jeunes enfants, entre 2 et 8 ans. Il y a une poussée du viol d’enfants dans cette région du Congo de l’Est. Suite à des conflits de plusieurs années le viol est devenu de plus en plus un problème général. Les coupables ne sont plus que des militaires. Le viol est devenu petit-à-petit quelque chose « d’admis ».

Sophie, 5 ans et violée

Lorsque Sophie accompagnée de sa maman frappe à la porte de la Maison de la Femme de Mamas for Africa à Uvira,  elle marche difficilement. Sophie a 5 ans. On voit qu’elle a mal. La petite fille est déchirée. Elle est violée.

Sophie raconte que sa maman est allée au moulin pour moudre du manioc. Entretemps elle est restée trainer un peu autour de leur maison. Une connaissance du voisinage l’a emmenée vers un endroit isolé en dehors du village. Là il l’a violée, puis abandonnée ensanglantée à son sort. Après avoir repris connaissance, Sophie a essayé de marcher pas à pas vers sa maison En cours de route elle est retombée de mal, sans défense et terrifiée. Après avoir cherché pendant longtemps sa mère et ses voisins l’ont retrouvée au bord du village, les vêtements couverts de sang.

Sophie est encore une gosse, mais dès à présent déjà marquée par la dure réalité qui fait partie de son univers. Au Congo de l’Est nulle part les femmes et les filles sont à l’abri de violeurs. Mamas for Africa offre à ces femmes violées un refuge sûr dans ses Maisons de la Femme. Sophie aussi a fini par trouver son refuge dans la Maison de la Femme de Mamas for Africa à Uvira.

“Un fruit qui n’est pas encore mûr, est-il bon à manger ?“

Qu’est-ce-que des hommes cherchent dans ces enfants? Quel plaisir trouvent-ils dans le viol d’une fille aussi jeune ? Nous posons la question à Rachid, Coordinateur de la Maison de la Femme de Mamas for Africa à Uvira. «A cette question pourquoi seul le coupable peut donner une réponse », dit-il. «Quel plaisir trouvez-vous à violer une jeune fille ? Un fruit qui n’est pas encor mûr, est-il bon ou a-t-il beaucoup de goût quand on le mange ?»

“Souvent d’autres choses jouent.”, Rashid continue à expliquer. « Dans notre société (congolaise) il y a une forte croyance dans des guérisseurs traditionnels et des sorciers. Le sang qui provient de l’introduction de la verge dans l’organe sexuel d’une jeune fille, est souvent utilisé comme «fétiche», un porte-bonheur. Les coupables croient que cela leur apporte de la prospérité. Des pêcheurs boivent le sang pour avoir une bonne pêche. Ce qui est synonyme de beaucoup d’argent. Ou il s’agit de « grigris », un talisman qu’ils reçoivent d’un sorcier et qui leur procure des forces surnaturelles ou les guérit de diverses maladies.

Le viol est devenu quelque chose de permis

L’histoire de Sophie montre que les coupables ne sont pas toujours des inconnus. Un voisin, un membre de la famille lointain…Le viol n’est plus quelque chose des militaires. Des citoyens communs violent des jeunes mamans, des femmes âgées, mais aussi des petites filles. Une triste conséquence de l’inefficacité d’un système judiciaire labile qui laisse encore trop souvent ces crimes se passer impunément.

Des parents se demandent donc anxieusement comment protéger leurs enfants contre ceci. En plus de la souffrance physique et le traumatisme que les enfants encourent, il y a encore d’autres séquelles. Ici le viol est une honte. Les victimes de viol sont tenues responsables de ce qui leur est arrivé. Elles sont stigmatisées, montrées du doigt et répudiées. Les jeunes petites victimes tombent rapidement dans l’isolement. En plus leurs chances de trouver plus tard un partenaire de mariage sont presque totalement perdues. Cela va parfois si loin que la famille se voit obligée à déménager.

Grâce au support de Mamas for Africa des enfants comme Sophie peuvent subir une intervention chirurgicale à l’Hôpital de Panzi. Là le Dr. Mukwege et son équipe traitent chaque année de nombreuses victimes de viols brutaux. A partir de ce moment commence la longue route de la revalidation.